Viktor-CoupK

A l’occasion du festival Origines Contrôlées à Toulouse fin 2014, Campus FM rencontrait Viktor Coup?K (prononcez Viktor Kouka) un MC qui trace son parcours depuis la fin des années 90, toujours dans l’indépendance et dans la recherche musicale. Il fabrique aujourd’hui un rap intense et introspectif, avec juste ce qu’il faut d’auto-dérision sur scène. Coup d’œil dans le rétro et lumière sur le présent d’un enragé de la plume qui ne compte pas « laisser le rap s’endormir comme le jazz ».

Tes débuts, c’est la compilation L’Avant-Garde ?

Ma première apparition discographique c’est ça. C’était même pas une compilation, c’était une série de maxi, à chaque fois deux titres sorti chez Assassin Productions/Delabel. C’était ma première grosse expérience avec une promo, des radios etc ..

Quelle année ?

1998. C’était assez particulier, depuis gosse, je traînais autour de la Cigale où était les bureaux d’Assassin productions, j’avais frappé à la porte, j’avais fais des freestyles, j’avais invité Squat sur une mixtape, j’étais un ancien fan d’Assassin adolescent. Un jour, Squat ou Madj m’appelle en me disant : « il y a un truc là, c’est Solo qui devait poser, et finalement il pose pas sur le morceau, il a fait l’instru mais il pose pas dessus, est-ce que tu veux le remplacer ? », En tant que ancien fan d’Assassin, remplacer Solo, c’était drôle. Donc je me retrouve sur un morceau avec Pyroman, qui ne restera pas dans les annales mais pour moi c’est un vrai début. C’est la première fois que je fais des tournées radio etc, et puis c’est la rencontre avec Madj qui restera un ami, c’est un peu mon parrain de musique, on a beaucoup de discussions autour de la musique.

Kalash, ça démarre à quel moment ? Il y avait un concepteur-son.

Kalash était un binôme avec Jack Mes aux compos & aux scratchs et moi au micro. Première maquette : 1997, première sortie sous Kalash, c’est 99. On sort « Flot d’ mots », maxi vinyle, notre première galette. A ce moment là on voulait le sortir sous Assassin Prods. C’était au moment où Assassin productions signait La Caution, c’était un peu «Kalash ou La Caution » finalement ça a été La Caution.

La suite discographique ?

On a refait un maxi en 2001, qui était une autre sorte d’aventure, parce que on pensait sortir un mini album chez un label de musique électro «Brif Records » qui était hyper cool, qui nous avait d’ailleurs produit le premier maxi. Un label avec des gens qui avaient un peu de pognon, qui étaient super avec nous, qui nous mettaient dans des bons studios, qui avaient flasher sur le truc. On pensait signer chez Pias avec eux, il y a eu un deal qui ne s’est pas fait, puis le label a mis fin à ses activités, on s’est retrouvé avec les bandes. Le maxi a quand même était pressé mais il fallait se démerder, c’était le début du DIY. Donc ce maxi « Fuir/UneVoixDouce » qui était cool, reste un peu anecdotique, ça sort pas comme on voudrait, et moi c’est la période où je fais beaucoup de freestyles, beaucoup de mix-tapes, ça commence à prendre, donc on se concentre plutôt sur l’album qui va arriver, on est déjà tournés vers l’album.

Tu apparais aussi sur la compilation Explicit DixHuit…

Ça c’est vraiment symétrique à l’album..

L’album, c’est quelle année ?

2003. « Fuir» c’est 2001, il y a aussi eu un feat. avec Deenasty.

Tu es sur l’album que Deenasty a produit au début des années 2000.

Oui avec Solo. Un morceau qui s’appelle « Hip-Hop Tradition ». En parallèle à Explicit DixHuit arrive notre album, ce qui était un peu bizarre. Il y avait un des titres de notre album, « Malgré L’Effort » avec Ekoué et Dany Dan qui était aussi sur Explicit DixHuit mais on avait un autre titre aussi sur cette compile, l’équipe de Explicit (dont Flynt) nous ont pas mal aidé à ce moment là.

Pas mal de concerts aussi pour le groupe ?

Il y a eu deux périodes qui ont bien fonctionné dans Kalash, la période premier album 2003-2005, et celle de « A l’aurore du Come-Back » qui était une compile/mix-tape avec quelques inédits mais on a tellement aimé la scène avec le band avec lequel on jouait, c’est devenu une grosse tournée mais au départ on aurait du enchaîner très vite sur un album, et ça a était le début de la fin. C’est ce moment charnière, soit on prend le virage et ça marche, soit on se casse la gueule parce que c’est trop fort dans les egos, et là on entame un nouveau processus d’album qui deviendra interminable, qui s’appelle « La Valse Des Invisibles » sorti en 2012, c’est le réel deuxième album qui scelle la fin du groupe. Bizarrement on sort l’album et j’arrête le groupe trois mois après mais je tenais à le sortir. On a bossait presque 4 ans sur ce disque, en s’embrouillant dans tous les sens, c’était vraiment une bagarre, mais c’est le fruit d’un travail, il fallait que ça existe.

Les musiciens avec qui vous avez tourné étaient plutôt Rock ?

Il y a deux périodes, une première où on tourne très Hip-Hop, avec des premières parties de Gangstarr et The Roots, on était vraiment formation Hip-Hop : Dj, deux backers au début puis un seul, et après période « A l’aurore du Come-Back », c’est le début de la rencontre avec le rock, il y a un guitariste qui est rentré dans le groupe, avec qui je me suis vraiment éclaté, il y a eu une batteuse pendant une période furtive, puis un nouveau backing band avec de super zikos mais qui intervenaient malheureusement dans une période où la direction artistique ne me convenait plus vraiment.

vicktorPeux-tu présenter ta formation actuelle ?

Sur scène, c’est un Dj (Moktarr), un Vj : *H (qui est très important dans le projet), un guitariste (Sir Hill) et moi. Nos deux accompagnateurs (David Dubuis, Manager) et Karim Ben Slimane (Régie-Tour Man) sont aussi des membres à part entière du band Live.

Entre rap et rock ?

Comme je te disais tout à l’heure, le post-punk m’a beaucoup marqué, donc il y a de ça dans les textures de guitare (j’ai notamment travaillé avec Yan Péchin ancien guitariste de Bashung, qui est un monstre dans ces sonorités) même si le live est un peu différent, parce que Sir Hill (le guitariste) vient du rock plus burné, Stoner, il a un projet à coté qui s’appelle Mozer (il vient d’un groupe de rock qui s’appelait HushPuppies) il amène autre chose sur le live que j’adore, une efficacité que je traite moins dans le disque où je suis dans un côté plus bruitiste au niveau des guitares. Pour tout ce qui est rythmique, l’idée du projet est de faire se rencontrer des gens du hip-hop et de l’électro, avec des gens du rock sur le coté mélodique. Après moi je réarrange tout ça, je compose aussi, je bidouille, je fais ce que j’appelle des free-collages entre tout ça, je prends tout et je refais mes chansons, en expliquant bien aux compositeurs que ils ont très peu de chance de reconnaître ce qu’ils me proposent au départ parce que je recrée avec leur matière. C’est moi qui fait l’unité du projet en studio.

Tu as sorti un Ep ?

Un premier Ep en Mai 2014 qui s’appelle « Crée ou Crève ! »

Comment les gens peuvent se le procurer ?

Partout : Fnac, Amazon… Il y a une VPC pour le disque physique. I-Tunes, Deezer. En parallèle, je développe aussi une démarche « Direct du producteur au consommateur », il y a plein de gens qui ont déjà écouté ce Ep mais en démo. L’idée : je poste un bout de texte, et un dessin de *H, et à X personnes qui aiment cet extrait (150 pour le dernier en date « Paname »), on leur envoie une version démo live inédite. Ces 150 personnes seront les seuls à avoir cette version. C’est un moyen d’échanger en dehors des réseaux classiques, de faire des rencontres, d’avoir des retours, c’est super stimulant.

Viktor-CréeouCrève

Ta playlist du moment ?

Blues Magoos – Psychedelic Lolipop (1966)
Magazine – Real Life (1978)
Run The Jewels #2
Vince Staples – Hell Can Wait
J’aime aussi beaucoup Asap Rocky, j’aime bien Schoolboy Q.

Hugues Marly.


– Le 7 Novembre à Toulouse. Merci à Viktor Coup ?K et au Tactikollectif.

tacti partenaire