Depuis 2003 Radio Campus Toulouse diffuse du hi-hop sud africain et consacre sur son site internet une quarantaine de pages à la culture urbaine issue de Cape town. Bradlox aka Doni D nous décrit la situation dans laquelle le mouvement évolue.

            La scène hip-hop sud africaine, sûre de ses capacités, est déjà à la hauteur des standards mondiaux. Sa force réside dans le fait qu’en Afrique du Sud, nous avons beaucoup de choses à dire, et nombre de ces histoires n’ont pas encore été racontés. N’y voyez pas un manque d’humilité mais nous avons beaucoup plus d’histoires intéressantes que dans toute la culture de masse disponible aujourd’hui dans le monde. Nous avons une musique unique qui nous est propre sur le continent africain… Pour tout ce qui est du rythme, des paroles et de la performance scénique, nos MC africains sont uniques…Il n’y a pas d’équivalent.
La scène underground sud-africaine est énorme… Elle est en train d’exploser dans tout le continent africain et surtout dans notre pays.C’est un point chaud pour les gens de l’extérieur. Le hip-hop est une source d’inspiration pour beaucoup de jeunes ici et les plus âgés prennent aussi conscience que ce n’est pas seulement un loisir. Nous sommes un peuple né d’une lutte. Il y a toujours eu un mouvement de conscience derrière ce que nous faisons. Nous utilisons le hip hop comme un moyen de relayer cette conscience. Celle-ci est rattachée à des circonstances auxquelles nous avons fait face dans cette nouvelle ère, dans ce nouveau chapitre. Il y a beaucoup de programmes et de fonds destinés à la jeunesse à la suite du processus de démocratisation. Tirez-en le meilleur parti et laissez le reste de côté!
Il y a trop de clichés dans l’esprit des gens… comme les 10 ans de démocratie, un concept positif qui est sensé nous porter tous. Mais ce qui se passe c’est que beaucoup de gens n’ont jamais eu accès à des tels concepts. Pourtant c’est là… quelque part.

Nous devons nous battre pour réaliser cela. Le gouvernement et les classes dirigeantes essaient de dresser au monde entier un joli portrait de la nouvelle Afrique du Sud. C’est le cas du Ministère du commerce et de l’industrie qui s’est servi d’artistes graffeurs juste avant les élections de 1994 (notamment JHB qui fait parti du groupe MSE) pour lancer une campagne commerciale. Ils ont été chargés de réaliser une publicité sous forme de graffiti pour vanter l’initiative du gouvernement de soutenir des petites entreprises commerciales dans les banlieues et les quartiers à bas revenus. Le fin mot de cette histoire c’est que certains de ces artistes graffeurs sont actuellement en prison : ils sont accusés d’avoir tagger illégalement. Oui, tout à l’air légèrement différent… mais c’est ce qu’ils veulent que vous pensiez. Pourtant, la vie n’a pas vraiment changé; c’est toujours la même… C’est seulement la partie visible de l’iceberg. Ce sont les mêmes personnes qui ont la main mise sur l’économie, et qui dirigent encore tout.

Cette atmosphère devient pesante. Des mecs se font tuer et pourchasser, alors chaque fois que tu sors pour tagger des trains, il y a une chance que tu te fasses tuer. Il y a des flics qui ont la gâchette facile. Des mecs ont évité des balles de justesse…C’est pas des histoires! La scène a fait du chemin depuis l’époque des groupes comme Prophets of the City ou des clubs comme The Base days… Les plus âgés ont vraiment ouvert la voie et nous devons dire un grand merci à des artistes comme the Shayeen, Jazzmo, Ready D, Falko, Black Noises et bien d’autres, trop nombreux pour les citer ici.

Mais le système de consommation de masse a fait de la merde un produit. Maintenant tu peux voir un magasin comme Pep Stores / Edgars ou des pubs de je ne sais quoi criards et blasphématoires qui se servent du hip-hop pour gonfler leurs ventes auprès des adolescents. Oui, ils utilisent le graffiti comme fond de commerce et ce ne sont pas les acteurs du hip-hop qui ramassent les bénéfices.

L’Afrique a vraiment une place unique à l’échelle mondiale. Nous, sur le sol de notre terre mère, nous sommes les témoins impuissants de cette situation qui n’arrête pas de dégénérer… Les aléas du quotidien des débrouillards du Tiers Monde! Nous avons vu et entendu la plupart de ce que le monde a à nous offrir. Et que savent-ils de nous ? Johny Clegg et PJ Powers… Et bien accrochez vos ceintures et nouez vos lacets car la vague musicale de notre côté est sur le point de déferler dans le monde entier. Notre temps est venu .Nettoyez vos yeux et ouvrez vos esprits et portefeuilles. Programmez nos artistes dans vos festivals, passez nos artistes sur vos radios et achetez nos CDs… Les bases sont en place ; so let’s build some ill shit !

Par Bradley Van Sitters et Christophe Giffard. Traduction: Patricia Hag & Dominique Bianco. Décembre 2005.

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