Portrait – James Hunter, la soul coûte que coûte

James Hunter, la soul coûte que coûte

Guitariste et crooner blue-eyed soul (ndlr : la soul chantée par les blancs), originaire de Colchester en Angleterre, James Hunter n’a pas toujours été en haut de l’affiche. Employé des chemins de fer dans les années 70, c’est d’abord via les 78 tours de sa grand-mère mais aussi et surtout grâce à un collègue de travail collectionneur de disques qu’il forge ses connaissances des musiques populaires noires américaines. C’est au début des années 80 qu’il commence sa carrière sur les scènes de sa ville natale avant de rencontrer Van Morrison à la fin de la décennie par l’intermédiaire d’un ami commun. Comme lui, James Hunter est amateur de cette soul en velours des années 60, celle de Ray Charles et Jackie Wilson, ou Sam Cooke. Les deux hommes ont travaillé ensemble en concert comme sur disque; James partage avec nous ses souvenirs chaleureux du chanteur de Them : « Van est généreux sur scène, il t’encourage à te faire remarquer, et en studio, il est très bon quand il s’agit de maîtriser le volume de sa voix, c’est comme s’il avait un compresseur interne (rires) ». Hunter assume d’ailleurs pleinement l’influence vocale du chanteur irlandais. Si les années 90 marquent à la fois cette belle collaboration et le début de James Hunter en solo, c’est bien plus récemment que le soul-man britannique à rencontrer le producteur avec qui concocter la bonne recette.

La formule Daptone

C’est l’année 2013, avec la sortie de l’album « Minute by Minute » du James Hunter Six qui trace la première collaboration du groupe avec Gabriel Roth, un des fondateurs et producteur de Daptone Records. James ne tarit pas d’éloges à propos de ce passionné touche à tout : « Ses idées sont brillantes, c’est un vrai producteur, pas seulement un ingénieur du son, il n’hésite pas à mettre son grain de sel. Il est très patient avec nous quand il s’agit d’obtenir le bon son, le bon feeling. De plus, c’est un mec amusant, c’est marrant de travailler avec lui ». Satisfaits de l’expérience, Hunter et ses musiciens ont rempilé pour deux albums, dont le dernier « Wathever It Takes » enregistré dans la succursale californienne du label new-yorkais est sorti au mois de février, suivi d’une tournée internationale, dont un concert complet à l’Olympia. Un disque « moins nerveux et plus romantique que les précédents » selon les dires de son auteur. Son récent mariage avec une américaine n’y est sûrement pas pour rien, et si sa nouvelle épouse a rencontré des difficultés avec les services d’immigration britanniques cela n’a fait que nourrir la substance de ce nouvel album joliment langoureux. Ici, les rythmiques sont chaloupées, agrémentées par moment de chœurs sous perfusion gospel ou d’un blues bien tranché aux riffs de guitare insolents. James Hunter a beau électriser son audience sur plusieurs continents, il n’en reste pas moins humble et sympathique, et ne cache pas sa gratitude quand il raconte que lui et ses musiciens ont reçu, lors de concerts, des compliments du batteur Bernard « Pretty » Purdie ou du regretté Allen Toussaint. Autant dire qu’avec des bénédictions pareilles, ils sont inarrêtables  !

Hugues Marly